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Médias sociaux et Riya : Quand partager devient faire le malin

Explorer le concept islamique de riya (faire le malin) dans le contexte des médias sociaux — où est la limite, comment vérifier votre intention, et comment partager authentiquement.

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Équipe Nafs

·6 min read

Une question qui vaut la peine de s’y attarder

Vous venez de revenir de l’Umrah. Votre cœur est plein, vous ressentez toujours la proximité d’Allah, et vous voulez le partager avec votre communauté. Vous postez une photo à la Ka’bah avec une légende sincère sur ce que le voyage signifiait pour vous.

Est-ce de la riya ?

Ou : Vous terminez de prier le tahajjud et publiez un fil réfléchi sur comment la prière de nuit a changé votre vie, en espérant que cela puisse inspirer d’autres.

Est-ce de la riya ?

Ou : Vous partagez une levée de fonds pour une bonne cause sur votre histoire, en vous engageant publiquement votre propre don.

Est-ce de la riya ?

Ce sont des vraies questions avec lesquelles les musulmans pratiquants se débattent — et l’inconfort est un signe sain que le cœur prête attention. Mais l’inconfort seul ne suffit pas pour répondre à la question. Nous avons besoin d’un cadre plus clair.

Qu’est-ce que la riya ?

Riya vient de la racine arabe r-a-y, ce qui signifie voir. Riya consiste à accomplir des actes d’adoration ou de bonté pour être vu par autrui — pour gagner leur approbation, leur admiration ou leur louange. Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) l’a appelé « le petit shirk ».

« Ce que je crains le plus pour vous, c’est le petit shirk. » On lui a demandé ce que c’était, et il a dit : « Riya — faire le malin. Allah dira au Jour de la Résurrection quand les gens reçoivent des récompenses pour leurs actes : ‘Allez à ceux pour qui vous performiez dans le monde, et voyez si vous trouvez une récompense chez eux.’ » (Ahmad)

C’est une description décourageante. L’acte qui a été accompli pour un public — plutôt que pour Allah — est retourné à ce public pour sa récompense. Et un public d’êtres humains n’a rien à donner.

Riya dans la compréhension classique

Les savants classiques ont défini riya comme accomplir des actes d’adoration — la prière, le jeûne, la charité, la récitation du Coran, même le vêtement et la manière — avec l’intention primaire d’être remarqué et loué par les gens.

Remarque : intention primaire. Les savants étaient prudents ici. Presque chaque acte d’adoration a un certain mélange de motifs. Faire quelque chose de bien et savoir que les gens vous respecteront pour cela n’est pas automatiquement riya. Ce qui compte, c’est ce qui vous motive.

L’Imam Al-Ghazali a identifié plusieurs degrés de riya dans Ihya Ulum al-Din :

  1. Riya pure : accomplir l’acte uniquement pour être vu, sans aucune intention de plaire à Allah
  2. Riya mixte : viser à la fois le plaisir d’Allah et la reconnaissance publique, avec riya dominant
  3. Intention mixte : chercher véritablement le plaisir d’Allah mais aussi conscient et satisfait de l’approbation humaine
  4. Le cas le plus difficile : commencer sincèrement mais être corrompu en chemin par le désir d’être vu

Les troisième et quatrième cas sont où la plupart d’entre nous vivons vraiment, et les savants ont été compatissants à cette réalité. L’antidote n’est pas d’arrêter de faire le bien mais de constamment renouveler et vérifier l’intention.

Comment les médias sociaux changent le calcul

Les médias sociaux sont le premier environnement de l’histoire humaine spécifiquement conçu pour rendre tout public, pour attacher des métriques d’approbation (likes, vues, followers) à chaque acte, et pour récompenser la performance plutôt que la sincérité.

Cela crée un problème riya novel.

Avant les médias sociaux, si quelqu’un priait dans sa maison, c’était privé. S’ils donnaient la charité, c’était entre eux et le bénéficiaire. La décision de rendre un acte public ou privé était un vrai choix avec des vraies conséquences.

Sur les médias sociaux, le défaut est public. La plate-forme encourage activement le partage de chaque expérience, chaque acte, chaque sentiment. Et elle fournit des commentaires en temps réel sur votre performance pour votre public.

Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Les actes les plus aimés d’Allah sont ceux faits régulièrement, même s’ils sont petits. » Il n’a pas dit « les actes les plus largement partagés. » Il y a un écart — et parfois un abîme — entre ce qui gagne l’amour d’Allah et ce qui obtient l’engagement.

La limite entre partager et faire le malin

Alors où est-elle ? Voici plusieurs tests pratiques :

Test 1 : À qui pensez-vous en postant ?

Fermez les yeux avant d’appuyer sur « partager ». À qui pensez-vous ? Imaginez-vous le plaisir d’Allah ? Ou imaginez-vous les réactions de personnes spécifiques — un parent, un aîné de la communauté, une ex, des pairs que vous voulez impressionner ?

Si le public dans votre tête est humain, c’est un signal qui vaut la peine d’être examiné.

Test 2 : Le feriez-vous si personne ne pouvait voir ?

Si les médias sociaux disparaissaient demain, feriez-vous toujours cet acte ? Donneriez-vous toujours cette charité, jeûneriez-vous toujours, feriez-vous toujours l’Umrah ? Si l’acte est conditionnel à être partageable, cela vaut la peine d’être examiné pour qui c’est vraiment.

Si vous le feriez toujours en privé, alors partager est un ajout à l’intention plutôt que l’intention elle-même.

Test 3 : Comment vous sentez-vous si personne ne répond ?

Vous postez à propos d’une expérience islamique significative et vous n’obtenez aucun like, aucun commentaire, personne ne la partage. Comment vous vous sentez ?

La déception est normale. Se sentir complètement démoralisé — comme si l’expérience elle-même était gaspillée — est un signe que l’approbation était centrale à l’acte.

Test 4 : Quelle est votre intention pour les autres ?

C’est là que la clarté peut émerger. Partager quelque chose avec l’espoir sincère qu’il bénéficie à d’autres — que votre post d’Umrah puisse inspirer quelqu’un à faire le voyage, que votre fil de tahajjud puisse donner à quelqu’un la poussée dont il a besoin, que votre partage de charité puisse faire que d’autres donnent — est une intention légitime et louable.

La da’wa (appel au bien), l’ilm (partage de connaissance), et l’encouragement des autres sont tous des actes récompensés. Les savants affirment constamment que partager publiquement des actes d’adoration, avec l’intention d’inspirer d’autres, n’est pas riya — c’est la sunnah.

L’exemple du Prophète

Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) n’a pas caché son adoration. Il a prié publiquement, jeûné publiquement, donné la charité publiquement quand cela servait un but pédagogique. Beaucoup de ses suppliques et dévotions personnelles ont été témoignées et enregistrées par ses compagnons — c’est comment nous les connaissons aujourd’hui.

Mais il y a une distinction cruciale : ses actes publics ont servi d’autres. Ils étaient des moments pédagogiques, pas des moments de performance. L’intention était la transmission de guidance, pas l’acclamation personnelle.

C’est le modèle. Partager n’est pas intrinsèquement mal. La question est : servez-vous d’autres ou les performez-vous ?

Orientation pratique

Pause avant de poster quelque chose de religieux. Pas comme une hésitation permanente, mais comme une habitude de vérification d’intention. Une minute avant de poster : pour quoi c’est ?

Ne connectez pas votre état émotionnel à la réponse. Cela prend du temps. Postez et lâchez prise. Qu’il obtienne 300 likes ou 3 ne devrait pas changer comment vous vous sentez à propos de l’acte lui-même.

Gardez certaines choses privées. Les savants et les maîtres spirituels recommandent constamment de garder une partie de votre adoration privée — des actes que seul Allah voit. Cela agit comme un contrepoids contre l’attraction gravitationnelle de la performance publique. Des prières de nuit que vous ne postez pas. De la charité qui n’a pas de reçu. Des jeûnes que vous n’annoncez pas.

Utilisez les médias sociaux comme un outil, pas un miroir. Un outil pour vraiment aider d’autres est neutre — c’est comment vous l’utilisez. Un miroir pour constamment vérifier comment vous apparaissez est spirituellement corrosif.

Des applications comme Nafs existent précisément pour cette raison : pour vous aider à être plus intentionnel à propos de votre vie numérique, créant de l’espace pour réfléchir à si vos habitudes en ligne servent votre deen ou y travaillent subtilement contre.

Compassion pour vous-même

Riya est parmi les maladies spirituelles les plus subtiles car elle se cache derrière le bien. Elle n’est pas attachée aux péchés évidents — elle s’attache à la prière, à la générosité, à la pratique islamique. Cela la rend difficile à voir et facile à rejeter.

Mais le fait que vous posiez la question signifie que le cœur fonctionne toujours. La préoccupation pour la riya est elle-même un signe de sincérité. La personne qui se performe purement pour un public se préoccupe rarement de riya — elle a déjà fait la paix avec.

Continuez à poser la question. Continuez à vérifier l’intention. Continuez à partager le bien quand l’intention est bonne. Et laissez Allah être le dernier évaluateur de ce qui a été fait pour Lui et ce qui a été fait pour d’autres.

Puisse Allah purifier nos intentions, nous protéger du petit shirk, et accepter nos actes — publics et privés — dans Sa miséricorde.


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